Lettre Ouverte de Calixthe Beyala à Béchir Ben Yahmed Jeune Afrique « Ce en quoi je crois. Ou pas. »

28 Déc

D’aussi loin que me porte ma mémoire, il me semble qu’une seule et unique fois, je fus en désaccord avec vous, très cher Béchir Ben YAHMED. Et je vous le fis savoir.

C’était il y a fort longtemps, mais lorsque passe trop temps, ce dernier ne revêt plus aucune importance ; je l’avoue humblement, je n’ai nullement le sens du temps. C’était au sujet du nom du journal « Jeune Afrique ». Il me souvient que vous lui attribuiez alors le titre de « L’intelligent. » Mes yeux fulminaient de colère lorsque je vous en parlai. Aujourd’hui encore, je ne puis oublier votre sourire ; et cette manière très pétillante de me rétorquer que j’aurais dû vous écrire pour vous dire mon sentiment. Depuis ces temps si lointain, aucune particule, aucune ride ne s’est point posée sur le respect et l’amitié qui nous lient… Au moins, c’est CE QUE JE CROIS.

Voilà que pour la deuxième fois, un sujet nous oppose : les élections Présidentielles en Côte d’Ivoire.

Je ne crois pas que Monsieur Alassane OUATTARA soit le Président élu de la Côte d’Ivoire car pour cela, il eût fallu que sa victoire fût reconnue par le Conseil Constitutionnel de son pays ; il me semble que ce n’est point le cas, me tromperais-je ? Aucune commission électorale, aussi noble soit-elle, ne saurait proclamer le vainqueur d’une élection, d’autant que dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette commission électorale était constituée aux 2/3 par les membres de l’opposition.…

Vous me rétorquerez que le Président du Conseil Constitutionnel Ivoirien est un homme du Président GBAGBO. Oui, sans aucun doute. Mais n’est-ce point le cas dans tous les pays du monde et même en France ? On se souvient tous du cas des U.S.A où s’opposait alors AL GORE et W. BUSH. La Cour suprême trancha en faveur de ce dernier alors qu’il bénéficiait de moins de voix que son adversaire. Il me semble n’avoir pas entendu des cris d’orfraie des démocrates du monde entier, me tromperais-je ? Il me semble que l’ONU ne battit pas un cil pour condamner cette « usurpation de pouvoir. »

Je ne crois pas que le Président Français Nicolas Sarkozy aime tant l’Afrique et ses habitants qu’il veille à la démocratisation du continent, voire au bien être de ses peuples. Je n’ai pas

oublié le discours de Dakar… Je n’ai pas oublié les élections au Gabon. Ne fut-il pas le premier à féliciter BONGO fils ? Pourquoi ne fustigea-t-il pas ce dernier ? Pourquoi le félicita-t-il, alors que l’opposition contestait, preuve à l’appui, les résultats des Urnes ? Il me semble avoir raté, -ce qui m’étonne-, votre édito lapidaire sur ce hold-up électoral. Et j’ajoute que le documentaire sur la Françafrique a clairement démontré les impostures, les magouilles et les mille manigances de mon pays la France, pour placer et maintenir au pouvoir quelques despotes dévoués corps et âme à notre mère patrie.

Je ne crois pas en l’ONU, ce minuscule Club d’États riches où aucun pays d’Afrique ne siège en son Conseil de Sécurité ; je ne crois pas que L’UNION AFRICAINE soit libre de ses propos d’autant que malheureusement pour les africains, celle-ci est financée par l’Union Européenne.

Je ne crois pas que les dirigeants Africains soutiennent activement Alassane OUATTARA ; il me semble n’avoir vu aucune félicitation émanant d’un Chef d’Etat du continent, adressée au Président désigné par la Communauté Internationale. Mais qui se cache derrière cette nébuleuse ? Seraient-ce les mêmes qui croisent les bras pendant qu’on bombarde l’Irak ou l’Afghanistan ?

Je ne crois pas à ce souci d’alternance démocratique dont ils veulent nous abreuver. Combien de chefs d’États ont changé la constitution de leur pays pour pouvoir être élu pour la énième fois ? Combien d’entre eux occupent le poste de Président depuis vingt voire trente ans ? Pourquoi la soi disant communauté Internationale ne les condamne-t-elle pas ? Et la France, qu’en dit-elle ? Rien. Silence ! On exploite !

Je crois et permettez-moi de reprendre vos propos « la légende selon laquelle GBAGBO serait le grand défenseur de la souveraineté nationale et que ses positions tranchées lui ont valu l’hostilité de la France, » Il s’agit d’une réalité, vérifiée et palpable, confirmée en outre ces derniers jours par le documentaire français « la Françafrique. » Avez-vous oublié les implications de la France dans le coup d’état contre GBAGBO en 2002, ainsi que les multiples complots qui s’ensuivirent ?

Je crois que tous les Panafricanistes croient au complot contre la Côte d’Ivoire. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les deux manifestations organisées à Paris pour le soutien à la

souveraineté de la Côte d’Ivoire et qui a réuni près de cinq mille personnes, battant le macadam dans le froid hivernal parisien. Donc GBAGBO n’est pas seul. Il a le peuple Africain à ses côtés.

Je crois qu’autrefois, la France et ses acolytes organisaient des coups d’Etats armés pour déloger les Chefs d’États Africains qui ne correspondaient pas à leurs critères de sélection. Je crois que la forme de renversement des pouvoirs indésirables a évolué ; elle est plus subtile. Me permettez-vous d’introduire la notion de « Coup d’ État électoral ? » Et si le Président GBAGBO en était une des dignes victimes ? Y aviez-vous songé ?

Je crois que la stratégie géopolitique voudrait que le Golfe de Guinée soit totalement sous contrôle Occidental. L’épuisement des puits pétrolifères dans le Golfe Persique et la résistance armée dans ces régions, justifient que l’Europe se tourne vers l’Afrique. Pour son pétrole. Pour ses matières premières. Pour ses innombrables richesses. Et aussi- il ne s’agit pas d’un argument moindre,- sa capacité de soumission bas-ventrale…

Je crois que tous les pays du Golfe de Guinée connaîtront le même sort que la Côte d’Ivoire dans un avenir plus ou moins proche.

Je crois tout simplement qu’Alassane OUATARA est pour les Occidentaux l’homme de confiance et que pour atteindre leurs objectifs, à savoir lui faire revêtir le costume de président de la Côte d’Ivoire, ils sont prêts à tout…

Je crois enfin que GBAGBO ainsi que le peuple Ivoirien se battront jusqu’au bout pour ne point se faire dépouiller… en témoigne le peu d’enthousiasme qu’a suscité l’appel à la mobilisation d’Alassane OUATARA.

Je ne sais pas s’ils y réussiront.

Voilà, cher Béchir Ben YAHMED, ce en quoi je crois. Ou pas.

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3 Réponses to “Lettre Ouverte de Calixthe Beyala à Béchir Ben Yahmed Jeune Afrique « Ce en quoi je crois. Ou pas. »”

  1. cheikh ali al assad 05/04/2011 à 13:23 #

    Madame Beyala,
    J’ai toujours lu avec passion vos romans.Votre parcours suscite mon admiration,certes le genre de roman que vous publiez n’est pas exactement celui que je préfère,mais le parcours de la petite fille de new-bell est sujet de fierté pour tous ceux qui sont nés dans le bidonvilles et autres ghetto.
    Seulement Madame ,votre analyse ne me convainc pas.
    Vous voulez croire en une chose ou plutôt vous vous appuyez sur un seul argument:celui de la supremacie des decision d’un conseil constitutionnel.
    Je suis aussi juriste,à cet titre j’ai étudié le droit constitutionnel.
    Je me rappelle que la constitution déclare entre autre les décisions du conseil constitutionnel ne sont pas susceptibles de recours et s’imposent tous(cour suprême,exécutif,parlement).
    Mais pour que cette clause légale ait force il faut que les décisions dudit conseil soient légitimes.
    était ce le cas en cote d’ivoire?
    le conseil constitutionnel ivoirien est il différent des autres conseils constitutionnels africains?
    je ne le crois pas madame.
    vous savez que en Afrique le conseil constitutionnel n’est que la voix de son maitre:le président bien aimé élu à vie…

  2. Charles 30/12/2010 à 00:51 #

    Merci sœur (même si vous avez un nationalité qui ne me plaît pas) de rabattre le caquet à cet autre instrument du néocolonialisme.
    Quant il s’agit de faire la caisse de résonnance des arguties des Sarkozy et consorts, ce journal que nous avons adoré dans les années 1980 montre sa véritable nature d’ennemi de l’Afrique surtout celle au sud du Sahara.
    Sinon comment comprendre que des journalistes aussi aguéris que ceux de Jeune Afrique ne se soient pas donnés la peine de vérifier le respect des lois régissant les élections en CI., ni les conditions dans lesquelles les prétendues résultats « provisoires » ont été obtenues. Cette attitude m’amène à donner du crédit à une rumeur selon laquelle cet organe vend ses papiers. Qu’il écrit au profit de celui qui paye or GBAGBO ne semble pas lui avoir fait une offre mirobolante.
    J’attends que cette rumeur soit démentie par des articles d’investigation sur la situation de crise créée artificiellement par Sarkozy et consorts.
    Au fait quelle réaction suscite en vous agents de Jeune Afrique le fait que les ambassadeurs de France et des USA à Abidjan approchent au vu et au su de tout le monde la hiérarchie militaire des forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire pour lui intimer l’ordre de se mettre à la disposition de Alassane Ouattara?
    Et lorsque Sarkozy ose dire ceci « j’ai demandé à GBAGBO quel rôle il veut jouer dans l’histoire »
    Est-ce là l’Afrqiue digne que vous prétendez promouvoir?
    Pitié pour vous Monsieur BECHIR.
    Bonsoir!
    Charles

  3. Sonia 29/12/2010 à 23:10 #

    Bravo à vous d’exprimer votre opinion si fermement. Je suis fière de partager votre point de vue et rassurée que malgré tout il y a de l’espoir dans cette crise. Ce cas ivoirien atteste bien que ces moments sont décisifs pour le continent africain. J’ajouterai enfin que face à ces tourments, nous devons aussi comprendre et intégrer la dimension spirituelle qui resitue le vrai contexte ainsi que l’enjeu final. Cordialement.

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