Situation sanitaire de la Côte d’Ivoire, depuis l’embargo de l’Union Européenne sur les ports de Côte d’Ivoire

14 Mar

CONFERENCE DE PRESSE DE MADAME  LE MINISTRE DE LA SANTE ET DE LA LUTTE CONTRE LE SIDA, LE LUNDI 07 MARS 2011

Mesdames et messieurs les journalistes,

 

Je voudrais avant tout propos vous saluer et vous remercier pour avoir répondu à notre appel.

 

C’est avec le cœur meurtri que je m’adresse à vous pour vous informer des effets dévastateurs de l’embargo sur les ports ivoiriens.

 

Ainsi, la notification de la mise en œuvre de l’embargo maritime de l’UE sur les ports autonomes de Côte d’Ivoire se traduit par l’impossibilité à partir du 11 Février 2011 d’embarquer dans l’UE des produits courants et pharmaceutiques à destination de notre pays et ce dans le cadre des sanctions infligées à la Côte d’Ivoire.

Mesdames et messieurs, je voudrais vous rappeler que le  profil épidémiologique de notre pays est préoccupant, car il  est marqué par un niveau très élevé des principaux indicateurs de morbidité et de mortalité.

 

Ces indicateurs qui traduisent le mauvais état de santé des ivoiriens sont par ordre de fréquence ; le paludisme (69,25 cas pour 1000 habitants), le VIH/sida (3,4 cas pour cent habitants), la tuberculose (393 cas pour 100 mille habitants), la malnutrition chronique constatée chez un enfant sur trois de moins de 5 ans, et les maladies à potentiel épidémique pour ne citer que celles-ci.

Les maladies chroniques que sont l’hypertension artérielle, le diabète, l’insuffisance rénale, et les cancers ne sont pas en reste, et font payer un lourd tribut à la population.

 

Je voudrais aussi rappeler que dès notre prise de fonction, sont survenues dans le contexte épidémiologique et environnemental  que nous connaissons,   les urgences sanitaires ci-après :

  • Les épidémies de fièvre jaune  survenues  à partir du 22  novembre 2010    dans quatre districts sanitaires de la zone CNO que sont Séguéla, Mankono, Béoumi et Katiola, avec notification de 11 décès sur les 21  cas enregistrés.
  • Une épidémie de choléra à Abidjan  depuis le 21 janvier 2011,  localisée à  quatre  districts sanitaires    que sont Adjamé-Plateau, Attécoubé, Yopougon-Ouest et Abobo .      A  ce jour, 509 cas ont été notifiés dont 12 décès
  • Une  épidémie de rougeole dans les districts sanitaires d’Adiaké, Tiapoum et Aboisso que nous gérons depuis  le 17 février 2011.

 

  • Parallèlement à la riposte contre ces situations d’urgence, nous assurons  la prise en charge   des victimes des violences post-électorales  dans toutes les structures de soins du territoire national. A la date du 03 Mars 2011, nous avons enregistré 1233 victimes dont 1134 blessés et 99 décès.
  • Enfin, nous organisons, avec la cellule humanitaire mise en place par le gouvernement, la prise en charge des personnes déplacées :

o   au nombre de 25.000 pour   les régions des Montagnes (Man, Danané) et Moyen Cavally (Guiglo, Bangolo et  Duékoué),

o  de 13.000 pour les régions du Moyen Comoé, des Lacs, du Nzi Comoé, de la Marahoué , du Haut Sassandra et  du Zanzan ,

o   et de 600 personnes provenant d’Abobo pour la paroisse St Ambroise Jubilé d’Angré.

Des dispositions sont en train d’être prises pour la gestion de 1500 déplacés à l’église évangélique de yopougon Gesco.

 

 

Mmes et Mrs les journalistes

Avec la situation des urgences sanitaires  que nous venons d’évoquer dans un pays au profil épidémiologique très préoccupant,  que vaudrait notre   système de santé sans médicaments ?

C’est ainsi que parallèlement à la riposte contre  les  épidémies, et à la prise en charge des victimes d’agressions, nous avons instruit nos services de nous évaluer les stocks en produits pharmaceutiques afin de gérer au mieux  les approvisionnements en médicaments, vaccins, produits sanguins et intrants.

De ce rapport, il est ressorti  que dans le secteur public, certains médicaments tels que ceux de l’hémodialyse sont en rupture, et que les autres médicaments de première nécessité comme les ARV, les antipaludiques, les antibiotiques sont disponibles pour les deux à quatre mois à venir.

La plupart des intrants et des consommables dont les solutés, les gants, les nécessaires pour prélèvement de sang, les films pour appareil de radiologie étaient à un mois de stock.

Dans le secteur privé, les pharmacies étaient également à deux mois de stock.

Pour les produits d’hémodialyse, leur rupture persistante a occasionné de janvier à février 2011 déjà 24 décès,  et ce nombre pourrait s’accroître les jours à venir si cet embargo perdurait.

 

Quels sont les facteurs  qui contribuent à la tension des stocks ?

Ces facteurs  sont   d’une part l’impact négatif de l’embargo sur les navires de l’Union Européenne  approvisionnant la Côte d’Ivoire en médicaments  et d’autre part les dysfonctionnements du système bancaire.

Pour ce qui est de l’embargo sur les navires à destination de notre pays, il faut noter que 90% au moins des approvisionnements en médicaments se font à partir de l’UE.  Ceux-ci sont acheminés dans 80% des cas par voie maritime et 20%des cas par voie aérienne.

Par ailleurs, la mise en œuvre de cet embargo a comme conséquence qu’un certain nombre de conteneurs de produits pharmaceutiques embarqués avant le 10 février 2011, sont   sur mer et ne pourront pas arriver directement en Côte d’Ivoire, car  débarqués à Dakar au Sénégal avant d’être probablement  réacheminés par d’autres voies sur Abidjan, avec un rallongement significatif du délai de livraison.

Tenant compte de ces stocks flottants, les stocks actuels pourraient permettre dans les perspectives les plus optimistes, une couverture des besoins en produits pharmaceutiques de la Côte d’Ivoire pour 1 mois en moyenne, soit fin mars 2011.

En une vingtaine de jours de mise en œuvre de cet embargo ignoble sans précédent de l’Union Européenne, les grossistes privés sont en moyenne à 17% de taux de rupture de stock alors que celui-ci se stabilisait en situation normale, entre 2 et 3%.

En  ce qui concerne la Pharmacie de la Santé Publique qui est la centrale publique d’achats de médicaments, elle présente actuellement 70% de taux de rupture de stock sur ses produits traceurs y compris les consommables de dialyse. A cette difficulté, il convient de relever l’insuffisance d’approvisionnement des structures sanitaires, en raison de l’indisponibilité de liquidité pour la PSP en vue de s’approvisionner  en  carburant.

 

Par ailleurs, la fermeture des banques aggrave les difficultés d’approvisionnement en médicaments aussi bien pour le secteur public que pour les grossistes privés en raison des problèmes liés au règlement des fournisseurs à l’étranger.

A ce jour, il convient de relever que certaines pharmacies privées refusent le système du tiers payant et imposent à la clientèle un  règlement au comptant, avec pour conséquences une difficulté d’accès aux médicaments, des risques accrus de prolifération des médicaments contrefaits et d’automédication des populations.

Mmes et Mrs, je m’interroge avec vous encore une fois : que vaut un système de santé dans le monde sans médicaments, et particulièrement dans un continent comme l’Afrique qui connaît une résurgence des épidémies de toutes sortes ?

 

J’ajoute que cette indisponibilité des médicaments essentiels et des dispositifs médicaux, aura pour conséquences à très court terme, l’arrêt de certaines interventions chirurgicales, la mauvaise prise en charge médicale de certaines pathologies, les difficultés d’assurer les soins infirmiers, tout ceci contribuant à augmenter sans nul doute, la morbidité et la mortalité déjà élevées dans nos populations.

 

C’est pourquoi, en voulant asphyxier  les populations ivoiriennes  en médicaments, l’Union Européenne ne fait rien d’autre que de programmer méthodiquement la mort des populations ivoiriennes. Il s’agit ni plus ni moins d’un holocauste.

Mmes et Mrs les journalistes, nous refusons qu’on utilise la porte d’entrée du système sanitaire pour l’extermination des populations de Côte d’Ivoire.

L’Etat de Côte d’Ivoire, dont la mission est d’assurer la santé de ses populations, ne comptant pas rester inactif devant ce véritable désastre humanitaire assimilable à un crime contre l’humanité, continue de prendre des dispositions pour y faire face.

 

C’est l’occasion pour la Côte d’Ivoire, avec à sa tête le Président Laurent GBAGBO et son Gouvernement d’interpeller les traditionnels partenaires de la santé en Côte d’Ivoire que sont l’OMS et l’UNICEF pour leur silence coupable qui va à l’encontre de leur mandat qui devrait les emmener à dénoncer de pareils agissements et à manifester leur solidarité agissante au peuple de Côte d’Ivoire.

 

J’en appelle aux peuples qui ont connu par le passé de tels génocides, afin qu’ils se mobilisent aux côtés du peuple de côte d’Ivoire pour dénoncer cette mesure inique.

 

Avant de clore mon propos, je voudrais faire une mention particulière à tous les acteurs et professionnels de la santé qui, en cette période difficile, au péril parfois de leur vie, continuent sans relâche de porter secours et assistance aux populations  sur toute l’étendue du territoire national.

J’associe à ces remerciements toute la population de côte d’Ivoire qui fait preuve de civisme et de maturité d’esprit en ne tombant pas dans le piège de la révolte dans lequel toutes ces manœuvres ourdies par les ennemis de notre pays tendent à la pousser.

 

Mmes et Mrs les journalistes, encore une fois merci de nous avoir consacré votre précieux temps.

Vous êtes  tous témoins devant l’histoire de ce crime contre l’humanité perpétré en  Côte d’Ivoire par l’Union Européenne dont l’attitude est assimilable au tir sur une ambulance d’un snipper embusqué, alors qu’elle se targue de faire partie des peuples qui ont inscrit le droit à la santé dans la Charte des Nations Unies,  mais  pour qui, peut-être, les populations vivant en Côte d’Ivoire ne sont certainement pas des êtres humains devant jouir de ce droit fondamental reconnu à tout peuple.

 

Devant ces faits, et dans le souci d’assurer son devoir régalien, le gouvernement s’attèle à faire éviter à la Côte d’Ivoire une pénurie grave de médicaments afin de préserver la santé de ses populations.

La souveraineté d’un Etat passe aussi par la capacité de ses gouvernants à prendre en charge de manière autonome et durable son peuple.

C’est pourquoi, je remercie l’UE qui donne l’occasion à l’Etat de Côte d’Ivoire de prendre ses responsabilités.

 

Dieu bénisse toujours la Côte d’Ivoire !

 

Je vous remercie.

 

 

 

 

 

 

 

Madame le Ministre de la santé

Et de la lutte contre le SIDA

 

Dr Christine NEBOUT ADJOBI

 

 

 

 

Dispositions prises pour la prise en charge des déplacés

 

Des médicaments, intrants et kits d’une valeur de 23 millions de FCFA ont été acheminés par le gouvernement sur les deux principaux sites d’accueil des déplacés internes Duekoué et la paroisse St Ambroise du Jubilé de Angré pour la prise en charge des malades de ces sites qui hébergent pour Duekoué 25 000 déplacés et Angré 600 déplacés.

Des équipes médicales sont installées en permanence sur ces sites pour également lutter contre les maladies à potentiel épidémique. Des dispositions sont entrain d’être prise pour la gestion de 1500 déplacés à l’église évangélique de yopougon GESCO

 

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